dimanche 1 mars 2026

Le silence où l'image apparait

 


Je marche un peu sur un fil entre la recherche de paix et un léger entêtement intérieur. J’ai longtemps cru que je devais être une grande artiste torturée (torturée, j’avais pas trop le choix) pour exister correctement. C’était une belle idée romantique, un peu spectaculaire, et surtout assez fatigante. Aujourd’hui, je regarde ça avec un petit sourire de côté : j’ai sans doute moins de grandeur tragique, mais peut-être un peu plus d’air pour respirer.

Je ne veux plus courir après la preuve que je vaux quelque chose à travers ce que je fais. J’ai découvert que la reconnaissance me chatouille l’ego, puis m’agite comme une tasse de café trop chargée. Elle me donne un petit shoot de fierté et, presque aussitôt, la peur de le perdre. Alors j’ai décidé de ne pas lui confier la clé de ma maison intérieure.

Ce qui compte pour moi, c’est la broderie quand elle me fait du bien. Je ne veux pas qu’elle prouve quelque chose, qu’elle raconte au monde que je suis une artiste, qu’elle tente de se hisser sur une échelle invisible entre l’art et le loisir. Je ne veux pas résoudre cette querelle. Je veux laisser la broderie vivre dans une zone un peu floue, libre, insaisissable, comme un animal qui n’aurait pas envie de choisir entre la forêt et le salon.

Quand je brode seule, ce que j’aime le plus, c’est le moment où l’image apparaît. Il y a un petit miracle là-dedans, quelque chose qui surgit là où avant il n’y avait rien. Je ressens alors un mélange de joie, de calme et de surprise, comme si je regardais quelqu’un d’autre travailler à travers moi, avec beaucoup d’émotion.

Je sais que je suis tentée d’adapter ma production au regard du "marché" ou des autres brodeuses, comme si je pouvais fabriquer une identité solide en imitant ce qui semble marcher ailleurs. Mais je sais aussi que si je commence à broder pour être vue, je risque de perdre ce qui me rend heureuse dans la pratique elle-même. Et je n’ai pas envie de payer le prix de la reconnaissance avec ma tranquillité.

Je ne veux pas prouver que ma broderie est de l’art ni accepter qu’elle soit réduite à un simple loisir. J’accepte plutôt qu’elle reste dans un territoire imprécis où personne ne peut décider à ma place de sa valeur. C’est une forme de refus de classement. (Nik le 6 TM)

Je sais aussi que le besoin de validation ne disparaît pas. Il se déplace, comme un chat qui vient se frotter contre mes jambes sans jamais s’installer définitivement sur mes genoux.

Alors j’essaie de faire une chose simple : continuer à broder tant que ça me fait du bien, accepter que la joie soit un critère sérieux, et me rappeler que la paix intérieure n’est peut-être pas l’absence de tension, mais la capacité de rester tranquille au milieu d’elle.

Et si personne ne peut jamais dire si ma broderie est de l’art ou du loisir, je crois que je pourrai continuer quand même. Parce que c’est dans ce silence là que l’image aime apparaître.

Calendrier de l’après semaine 9

 


Machin-sur-Rivière

Dans le petit village de Machin-sur-Rivière, une Idée se promenait toute seule, un peu fière d’être la seule chose non domestique du quartier. Elle s’était posée dans la fossette d’un enfant qui rêvait d’un bateau en forme de cuillère, capable de naviguer vers des mers où l’on mange le vent comme un dessert banal, mais exquis. Le village, lui, observait l’Idée avec la patience des choses qui n’ont rien d’autre à faire. 

dimanche 22 février 2026

Participation au calendrier de l’après semaine 8 de l’année 2026

 


Le problème avec Gérard, ce n’est pas qu’il parle à ses plantes. C’est qu’il attend la réponse, stylo en main.

Hier, son ficus lui a conseillé d’acheter un trampoline. On ne discute pas avec un ficus déterminé

Après avoir pris son café avec 3 sucres, il a commandé le modèle “rebond introspectif”, livraison prioritaire. Tout a semblé couler de source.

À 47 ans, Gérard a donc commencé le trampoline en chaussons, par souci d’élégance et de gravité intérieure.

Il affirme que ça stimule la circulation des idées, surtout quand il y a des hauts et des bas.

Sa voisine l’a surpris en plein rebond philosophique. Il lui a lancé, contrit : « C’est le ficus qui insiste. »

samedi 21 février 2026

Participation au calendrier de l’après semaine 8 de l’année 2026

 


Catapulte

Dans la cour, Tom, six ans et demi, regarde Inès comme si elle venait de déclarer la guerre mondiale des billes. Ils tiennent tous les deux un vieux bâton de bois.

— C’est Ma baguette magique.
— Non ! C'est Ma mienne!

Ils se tournent autour avec la gravité de deux diplomates miniatures. Tom menace de transformer Inès en crapaud. Inès annonce qu’elle convoquera son dragon.

Ines, plus rapide et plus forte, tire sur le bâton d'un coup sec et remporte la mise.

— Mouhahahaha ! Je suis la reine des fées de la magie !

Tom s’éloigne en traînant ses baskets, vexé, et lance par-dessus son épaule :

— Espèce de catapulte!

vendredi 20 février 2026

After le retour du come-back

 


Bon ben … Je come back, après bien des années. Je reviens en mode gratis, je paye ailleurs un blog pour mes broderies, j'ai pas les sous pour faire plus. Je reviens en mode incognito. Je me sentirai plus libre de faire ici mon dévidoir à pensées, même à celles que j'assume pas.

j'ai cassé ma tête. Il y a quelques années, j'ai essayé d'aller au plus près dans mon fantasme, de ce qui ferait de moi une personne dans la norme. J'ai pris un boulot à responsabilité dans lequel je me suis investie à fond les ballons. J'ai vécu ce que des millions de personnes vivent au travail, un management toxique combiné à un sentiment d'imposture et à une dette de loyauté. Bim boum badaboum, vous laissez mijoter en remuant de temps en temps. Vous obtenez un burn-out.

Mon psy me dit que "Burn-out" ce n'est pas du lexique médical, qu'il faut dire "dépression sévère". Ok chef !

Bref, j'ai cassé ma tête. Plus rien ne marchait. J'avais l'impression l'installation générale avait sauté, c'était le black out total, et j'en avait rien à foutre. Parfois, j'avais comme des spasmes d'énergie ou j'entrevoyais la possibilité de me suicider. Mais c'était trop fugace pour passer à l'acte. 

 

Apres un an à faire des bulles avec ma bouche, les sensations ont commencé à revenir.  L'angoisse, surtout, la tristesse, la honte…

Un an après de l'année suivante, bref aujourd'hui, je vais mieux. Mon psy m'a trouvé un cocktail qui semble efficace. L'arrêt complet du travail, la boite à pilule bien fournie, une reconnaissance de la maison des Teuteus, et des petits sous pour acheter mes yaourts. 

Avec tout ça, je vais suffisamment mieux pour me rendre compte que j'ai changé, je fonctionne plus comme avant. Quand je me souviens de comment j'étais avant. Ma mémoire est un palais brumeux, moitié effacé.

Je vais mieux ne veut pas dire je vais bien. 

Le silence où l'image apparait

  Je marche un peu sur un fil entre la recherche de paix et un léger entêtement intérieur. J’ai longtemps cru que je devais être une grande ...