j'ai cassé ma tête. Il y a quelques années, j'ai essayé d'aller au plus près dans mon fantasme, de ce qui ferait de moi une personne dans la norme. J'ai pris un boulot à responsabilité dans lequel je me suis investie à fond les ballons. J'ai vécu ce que des millions de personnes vivent au travail, un management toxique combiné à un sentiment d'imposture et à une dette de loyauté. Bim boum badaboum, vous laissez mijoter en remuant de temps en temps. Vous obtenez un burn-out.
Mon psy me dit que "Burn-out" ce n'est pas du lexique médical, qu'il faut dire "dépression sévère". Ok chef !
Bref, j'ai cassé ma tête. Plus rien ne marchait. J'avais l'impression l'installation générale avait sauté, c'était le black out total, et j'en avait rien à foutre. Parfois, j'avais comme des spasmes d'énergie ou j'entrevoyais la possibilité de me suicider. Mais c'était trop fugace pour passer à l'acte.
Apres un an à faire des bulles avec ma bouche, les sensations ont commencé à revenir. L'angoisse, surtout, la tristesse, la honte…
Un an après de l'année suivante, bref aujourd'hui, je vais mieux. Mon psy m'a trouvé un cocktail qui semble efficace. L'arrêt complet du travail, la boite à pilule bien fournie, une reconnaissance de la maison des Teuteus, et des petits sous pour acheter mes yaourts.
Avec tout ça, je vais suffisamment mieux pour me rendre compte que j'ai changé, je fonctionne plus comme avant. Quand je me souviens de comment j'étais avant. Ma mémoire est un palais brumeux, moitié effacé.
Je vais mieux ne veut pas dire je vais bien.

ça me rappelle quand les gens disent "le cancer du sein se soigne bien", "se soigne" tout court devrait il dire. Allez mieux n'est pas aller bien car allez mieux que quand ? Quoi ?
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